RPC A
Conseils d’adoption : critères d’adoption, critères sanitaires et socialisation



RPC B
Le vétérinaire et l’élevage félin

RPC C
Le praticien assurant le suivi d’un refuge






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Thème n°10

Élevage, refuge, adoption


RPC B

Le vétérinaire et l’élevage félin


Le vétérinaire intervenant en élevage félin doit instaurer un climat de confiance avec l’éleveur par sa connaissance :
- des races félines, particularités génétiques et tares héréditaires ;
- de la physiopathologie de la gestation et de la mise-bas et la pratique du nursing des chatons nouveau-nés ;
- des pathologies de groupe rendant la vente des chatons impossible : les maladies contagieuses et les vices rédhibitoires, à savoir :
  • la leucopénie infectieuse (ou typhus),
  • la péritonite infectieuse (ou PIF),
  • l’infection par les virus FeLV ou FIV.

    Le vétérinaire peut proposer un protocole de nettoyage et de désinfection de l’élevage.


  • Compte-rendu des débats :
    voir Le Point Vétérinaire
    n° 274 - Avril 2007



    Corinne Laruelle
    Docteur Vétérinaire
    CES d’ophtalmologie et de dermatologie vétérinaires
    Praticienne au Havre (clinique exclusivement féline)


    1. Le vétérinaire et l’élevage félin

    Les races de chats sont nombreuses et le langage s’y rapportant est spécifique : désignation des couleurs et du pelage, forme du corps. Loin d’être superflue, la connaissance des races par le vétérinaire est indispensable pour une communication efficace avec l’éleveur et l’instauration d’une confiance réciproque. Il en va de même pour les particularités génétiques et les tares héréditaires.

    Une bonne connaissance de la gestation et des pathologies associées est également nécessaire, avec en priorité les avortements, les hémorragies per et post partum ainsi que la rétention fœtale ou placentaire.
    La survenue d’un avortement ou la naissance de chatons mort-nés sont inquiétants quand ils se renouvellent. L’étiologie est recherchée, notamment par l’autopsie des chatons et la recherche des groupes sanguins parentaux. La technique de la césarienne doit être maîtrisée. Et le « nursing » des chatons en bas-âge doit être régulièrement pratiqué par le vétérinaire puisqu’on ne peut conseiller que ce que l’on sait faire.

    En France, la plupart des élevages félins sont « familiaux », dans des locaux souvent inadaptés, favorisant les pathologies d’effectif.

    2. Les maladies bénignes aux conséquences graves

    La teigne et la gale sont des zoonoses et donnent une image négative d’un élevage. Même bénignes, elles doivent être prévenues.

    Les dermatophyties (microsporum canis) sont très redoutées car difficiles à éradiquer, nécessitant des soins lourds et source de mévente. La contagiosité élevée et le portage sain ne mettent aucun éleveur à l’abri de cette catastrophe. Les persans sont les plus atteints mais toutes les races peuvent l’être.
    Les lésions sont très polymorphes : de la lésion ronde à une alopécie discrète. Le diagnostic précoce s’effectue au microscope et représente la seule méthode rapide pour initialiser un traitement et une prévention. La mise en culture est une bonne alternative quand le praticien manque d’entraînement au diagnostic microscopique.
    Le traitement fait appel à un antimycosique par voie orale pendant 6 à 7 semaines (itraconazole) et par voie cutanée (énilconazole). Les locaux doivent être désinfectés et traités (eau de Javel, enilconazole) [15]. La limitation des sorties (expositions) et des introductions de nouveaux reproducteurs (quarantaine conseillée) est la seule prévention. Le portage sain chez les chats de race persane est un réel problème.
    La teigne est une maladie bénigne si le chat n’est plus en collectivité et ne doit donc pas être diabolisée.

    La cheyletiellose (cheyletiella blakei) est la seule gale du corps du chat, entraînant du squamosis et un prurit non systématique. Le persan est une race prédisposée. Elle est très contagieuse pour l’homme (prurigo galeux). Le traitement est difficile car l’adulte est souvent porteur sain et l’acarien vit dans l’environnement près d’un mois. Une molécule en spot-on et administrable chez les femelles gestantes (la sélamectine) permet d’éradiquer la parasitose, même dans les grands effectifs [6, 16].

    3. Les maladies de chronicité encombrante (voir aussi RPC C de ce thème)

    Le coryza est une maladie du tractus respiratoire supérieur extrêmement fréquente, due à trois agents infectieux : le calicivirus félin, l’herpèsvirus félin et Chlamydophila felis. La vaccination systématique en minimise les symptômes (calicivirose surtout).
    Le virus herpétique est latent dans le ganglion trijumeau, d’où des résurgences fréquentes. Il peut provoquer des ulcères cornéens et être à l’origine de séquestres chez le persan. Le traitement fait appel aux antiviraux en collyre (gancyclovir à 0,15 %). La lysine est utilisée à la dose de 250 mg chez le chaton et 500 mg chez l’adulte, deux fois par jour avec le repas. Les résultats obtenus avec l’interféron oméga en collyre sont prometteurs.
    La vaccination contre la chlamydophilose est moins répandue. Un portage à long terme est décrit avec conjonctivite, chémosis et symblépharon caractéristiques. Le traitement fait appel à un antibiotique (doxycycline 10 mg/kg) pendant au moins trois semaines.
    Le diagnostic étiologique par technique PCR est intéressant en élevage car il permet un traitement spécifique [4,8,9,12,14,18].

    4. Les maladies insidieuses mortelles

    L’infection par le virus de la leucose féline (délai de recours : 15 jours) et de l’immunodéficience féline (délai non défini) sont des vices rédhibitoires. Ces rétroviroses sont inexistantes dans les élevages sérieux. Le dépistage de ces maladies s’effectue au cabinet par test ELISA sur le pool sanguin d’une portée. Cette technique, d’efficacité acceptable et dont le coût est dérisoire, permet de rassurer le futur acheteur.

    La leucopénie infectieuse féline (FPV ou typhus) est rare en élevage car les mères sont vaccinées et la transmission des anticorps protège le chaton [7]. La mauvaise presse qu’ont les vaccins chez les éleveurs peut faire craindre une recrudescence. C’est un vice rédhibitoire (5 jours de délai). Le diagnostic (diarrhée profuse, leucopénie) se confirme par une PCR sur écouvillon rectal.

    La péritonite infectieuse féline (PIF) est un vice rédhibitoire (délai 21 jours). La sérologie n’ayant pas de valeur diagnostique, le délai est souvent dépassé lors du décès. Ce réel problème doit être budgété par l’éleveur afin d’éviter les litiges.
    Admettre que des individus séropositifs sont présents dans tous les élevages permet d’éviter la propagation virale. La pathogénie de l’infection consiste en une succession d’étapes au cours desquelles les taux d’anticorps varient : les sérologies quantitatives ont donc peu d’intérêt. Environ 90 % des chats en collectivité sont séropositifs mais seuls 1 à 5 % développeront une PIF. La séropositivité n’est pas interprétable sans symptômes ni examens complémentaires. Certains chats n’excrètent jamais de virus et semblent résistants. D’autres, a contrario, sont deux fois plus susceptibles d’exprimer la maladie.
    Si la maladie n’est plus anecdotique, il faut faire le point sur les locaux, l’hygiène, la surpopulation. Le stress, le confinement et le défaut de nettoyage des litières sont des facteurs favorisants.
    Le virus survit dans le milieu extérieur jusqu’à 7 semaines. Il est détruit par les détergents usuels. Les chatons sont protégés par les anticorps maternels jusqu’à 5 semaines. Leur isolement strict les protège de l’infection. Un dépistage de l’excrétion virale par méthode PCR sur écouvillon rectal permet de repérer les porteurs chroniques contaminants [1,2,3,5,10,11,13,17].


    Références
    (1) ADDIE DD, JARRETT O. A study of naturally occuring feline coronavirusinfections in kittens. Vet Record. 1992;130:133-137.
    (2) ADDIE DD, JARRETT O. Feline coronavirus antibodies in cats. Vet Record. 1992;130:202.
    (3) ADDIE DD, PALTRIENIERI S, PEDERSEN N. Recommendations from workshops of the second international feline coronavirus/feline infectious peritonitis symposium. J Feline Med Surg. 2004;6(2);125-130.
    (4) ANDREW SE. Ocular manifestations of feline herpesvirus. J Feline Med Surg. 2001;3(1):9-16.
    (5) CACHON T, CHUZEL T. Epidémiologie, pathogénie et symptômes de la PIF. Point Vet. 2005;254:18-21.
    (6) CHAILLEUX N, PARADIS M. Efficacy of selamectin in the treatment of naturally acquired cheyletiellosis in cats. Can Vet J. 2002;43:767-770.
    (7) CHALMERS WS, TRUYEN U, GREENWOOD NM et coll. Efficacy of feline panleucopenia vaccine to prevent infection with an isolate of CPV2b obtained from a cat. Vet Microbiol. 1999;69(1-2):41-5.
    (8) CHAUDIEU G. Les ulcères cornéens du chat et du chien . 1ère partie : symptômes, étiologies, diagnostic. Prat Med Chir Anim Comp. 2004;39:5-12.
    (9) CHAUDIEU G. Les ulcères cornéens du chien et du chat. 2ème partie : traitement. Prat Med Chir Anim Comp. 2004;39:5-17.
    (10) DE GROOT-MYNES JC, VAN DUN JM, VAN DER MOST RG et coll. Natural history of a recurrent feline coronavirus infection and the role of cellular immunity in survival and disease. Journal of virology. 2005;79:1036-1044.
    (11) FRADIN- FERME M, PRELAUD P. La Péritonite Infectieuse Féline. Prat Med Chir Anim Comp. 1999;34:309-319.
    (12) HELPS C, REEVES N, EGAN K et coll. Detection of Chlamydophila felis and feline herpesvirus by multiplex real-time PCR analysis. J Clin Microbiol. 2003;41(6):2734.
    (13) KASS PH, DENT TH. The epidemiology of feline infectious peritonitis in catteries. Feline Practice.1995;23:27-32.
    (14) MAGGS DJ, CLARKE HE. In vitro efficacy of ganciclovir, cidofovir, penciclovir, foscarnet, idoxuridine, and acyclovir against feline herpesvirus type-1. Am J Vet Res. 2004;65(4):399-403.
    (15) MORIELLO K, DEBOER D. Feline dermatophytosis : recent advances and recommandations for therapy. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 1995;25:901-904.
    (16) PARADIS M. Mite dermatitis caused by cheyletiella blakei. J Am Acad Dermatol. 1998;38:1014-1015.
    (17) SPARKES AH et coll. Coronavirus serology in healthy pedigree cats. Vet Record. 1992;31:35-36.
    (18) STILES J et coll. Effect of oral administration of L-lysine on conjonctivitis caused by feline herpesvirus in cats. Am J Vet Res. 2002;63(1):99-103.